Le jeu, un investissement rarement rentable ?

Publié le 12/02/2005 dans > Le blog du casino > France

Le jeu, nouveau "placement" fétiche des Français ? Le terme est inapproprié. Mais une chose est sûre : les Français jouent. Ils jouent même de plus en plus. Et s’ils jouent, c’est bien entendu pour gagner. Pourtant, si le "retour sur investissement", le montant des gains, est potentiellement de plus en plus élevé, le nombre d’élus, lui, reste très limité.

Que ce soit au travers des jeux de la Française des jeux (FDJ), du Pari mutuel urbain (PMU) ou des casinos, près de 30 millions de personnes, soit trois Français sur cinq en âge de jouer, ont tenté leur chance au moins une fois à un jeu d’argent en 2004. En l’espace de vingt-cinq ans, les Français ont doublé leur mise. En 2004, leurs dépenses brutes globales se sont ainsi élevées à 34 milliards d’euros, soit l’équivalent du produit national brut (PNB) du Vietnam.

Lorsque l’on déduit des sommes engagées les sommes encaissées, c’est-à-dire ce que les joueurs ont perdu, ce sont 8,3 milliards d’euros qui ont été dépensés par les Français en 2004, soit 134 euros par habitant, beaucoup plus par joueur. Les dépenses nettes des gains ont progressé de 3,1 % par an en moyenne et hors inflation depuis 1976, contre 2 % seulement pour l’ensemble des dépenses de consommation.

Depuis 1976, date de création du Loto national, l’offre de jeux d’argent et de hasard s’est considérablement renforcée avec l’apparition des machines à sous dans les casinos en 1988 puis l’arrivée, en 1991, des fameux jeux de tirage ou de grattage.

Aujourd’hui, la part du budget consacrée par les Français aux jeux d’argent et de hasard (0,92 %) est à peine inférieure à celle des livres, journaux et périodiques (1 %). Ce chiffre est légèrement inférieur à la moyenne européenne en terme de dépenses nettes.

Tous les jeux d’argent et de hasard n’offrent pas les mêmes taux de redistribution. Ainsi, si le Loto foot redistribue 70 % des enjeux aux gagnants, le taux retombe à 50 % pour l’Euro Millions (première loterie européenne lancée par la FDJ). En 2004, celle-ci a reversé au total 5,16 milliards d’euros aux joueurs.

Mais c’est au niveau des paris hippiques et des casinos que le taux de redistribution est le plus fort : 72,5 % pour le PMU, qui a reversé 5,5 milliards d’euros et jusqu’à 85 % pour les casinos.

Pour autant, si 55 % des joueurs disent espérer décrocher le gros lot, selon un sondage réalisé par TNS Sofres pour Le Pèlerin en février, les jeux font rarement des heureux. En 2004, 581 gagnants de la FDJ ont empoché plus de 150 000 euros de gain. Parmi eux, 101 (92 au Loto et 9 à l’Euro Millions) ont gagné plus de 1 million d’euros. Côté PMU, 171 gagnants ont remporté plus de 150 000 euros au Quinté+ et deux parieurs ont passé la barre du million d’euros avec les Supertirelires proposées au Quinté+.

Les gains sont de plus en plus élevés. En témoigne le lancement, en janvier, par le PMU du Nouveau Quinté+. Quatre parieurs ont empoché des sommes supérieures à 2 millions. Le record a atteint plus de 5 millions d’euros lors du Prix de l’Arc de triomphe Lucien Barrière le 2 octobre. Le principe d’associer une tirelire majore encore la possibilité de gain. Quant à l’Euro Millions, un heureux gagnant a empoché 75 millions en septembre 2005.

Mais ces sommes ne doivent pas faire illusion. "Les probabilités de gains varient sensiblement selon les jeux" , explique le mathématicien Benoît Rittaud, maître de conférences à l’université Paris-XIII et rédacteur en chef adjoint de la revue Tangente .

Un joueur à l’Euro Millions a une chance sur 76 275 360 de remporter la cagnotte. Au Loto, la probabilité de gagner le gros lot est d’une sur 13 983 816 ! Enfin, avec le Nouveau Quinté+ du PMU, la chance de jouer le résultat dans l’ordre est d’une sur 1 028 160. Des chiffres peu connus.

"On peut difficilement comparer les jeux de tirage et de grattage et le PMU, où les joueurs suivent de près les entraînements et les performances des chevaux et des jockeys, relève M. Rittaud. Il existe une part d’aléatoire, mais si l’on connaît le milieu on peut jouer intelligemment, même si, bien sûr, ça ne garantit jamais de gagner. Les martingales n’existent pas."

L’Etat, lui, est gagnant à tous les coups. Il récupère plus de 5 milliards d’euros en impôts et taxes. Les deux tiers de cette somme vont directement dans ses caisses, 20 % étant reversés aux communes — les 12 % restants correspondent aux prélèvements sociaux.

La frénésie de jeu des Français ne bénéficie pas à tous les acteurs de ce secteur de la même façon. "La croissance, qui est loin aujourd’hui des progressions à deux chiffres des années 1990, est portée essentiellement par le nouveau jeu Euro Millions, lancé par la FDJ en février 2004 , affirme Jean-Pierre Martignoni, sociologue et enseignant à l’université Lyon-II. Sinon, les clignotants sont au rouge et les premiers signes sont déjà là, tous les jeux d’argent et de hasard sont concernés."

En 2004, le chiffre d’affaires de la FDJ a progressé de 9,8 %, à 8,55 milliards d’euros, celui du PMU de 7 %, à 7,56 milliards d’euros, alors que le "produit brut des jeux" des casinos n’a progressé que de 2,6 %, à 18,66 milliards d’euros.

Chez ces derniers, certains souffrent. En 2004, la recette journalière moyenne des casinos a chuté de 1,11 %, à 38 700 euros et près de 35 % des casinos français ont accusé une baisse de leurs recettes. Les casinos de Divonne (— 24 %), Evian (— 11 %), Annemasse (— 9 %), Antibes (— 6 %) ont ainsi encaissé les effets de la réforme des casinos suisses. Ces derniers ont été légalisés en 2000 et les Suisses passent de moins en moins la frontière pour jouer.

En 2004, seuls 17 % des casinos français ont vu leur produit brut des jeux augmenter de plus de 10 %. Un quart a enregistré une progression de 0 à 5 %, et 15 % une croissance de 6 % à 10 %.

Fin 2004, on comptait 17 519 machines à sous dans les 192 casinos en activité, captant une nouvelle population, souvent plus âgée et plus populaire.

Cette croissance est essentiellement tirée par les machines à sous qui représentent maintenant 93 % de l’activité totale des casinos aux dépens des jeux traditionnels. En quinze ans, on a assisté à une véritable explosion des bandits manchots et à une croissance fulgurante des dépenses dans ces machines.

(0 - 0 vote)