Afin de lutter contre la dépendance au jeu, l’État norvégien a instauré un monopole sur les machines à sous et donné aux ONG jusqu’au 1er juillet pour qu’elles retirent celles qu’elles exploitaient jusqu’alors dans les bars, supermarchés, aéroports et autres stations-service du pays. « Les jeux d’argent ont connu une telle explosion ces dernières années qu’il fallait agir pour endiguer les problèmes sociaux que ça génère », explique à l’AFP Halvard Ingebrigtsen, secrétaire d’État au ministère de la Culture et des Affaires ecclésiastiques. « Ça va peser sur la manne destinée aux bonnes causes mais notre préoccupation majeure, c’est le fléau de la dépendance au jeu », ajoute-il.
Par un étrange paradoxe qui voit le vice financer la vertu, les jeux d’argent sont, pour quelques jours encore, l’une des mannes principales des organisations de bienfaisance norvégiennes. En 2005, ils ont représenté un tiers des revenus de l’Association de lutte contre le cancer, et plus de la moitié pour la Croix-Rouge.
Mais les autorités ont décidé de tarir la source afin de venir en aide aux quelque 71 000 Norvégiens souffrant d’une dépendance maladive au jeu et aux 133 000 autres qui se trouvent dans une zone à risques sur une population de 4,6 millions d’habitants. « Derrière chaque personne, il y a un foyer. Les déboires d’un joueur, c’est aussi le malheur d’une famille », souligne Lill-Tov Bergmo, responsable de l’Association pour les proches des victimes du jeu.
Les machines à sous opérées par les ONG et par des acteurs privés ont brassé trois fois plus d’argent entre 2001 et 2006, date à laquelle leur chiffre d’affaires brut a approché 3,4 milliards d’euros.
Conscientes d’être dans une situation moralement délicate, les organisations de bienfaisance ont fait contre mauvaise fortune bon cœur et accepté de coopérer avec le gouvernement.
« Les machines à sous étaient la pierre angulaire de nos recettes financières », affirme Ingvar Johnsen, porte-parole de la Société de secours en mer. « Mais on savait bien que ça ne pouvait pas continuer comme ça. » « D’un point de vue éthique, nous n’étions pas très à l’aise avec la dépendance au jeu que la situation actuelle a créée », explique en écho le porte-parole de la Croix-Rouge norvégienne, Bernt Apeland.
Leurs machines vont donc céder la place à des automates exploités par Norsk Tipping, la loterie nationale, et qui seront moins « agressifs » que leurs prédécesseurs, ont assuré les autorités. En contrepartie, les ONG se partageront une partie des bénéfices générés par l’opérateur public.
Sans toutefois pouvoir s’attendre à toucher le jackpot puisque les gains redistribués seront très inférieurs au cash-flow dégagé par les machines.
« On fait un effort sur nos coûts, on rationalise, on passe nos dépenses au peigne fin », précise M. Apeland. « Mais il n’est pas question de trancher dans nos activités caritatives. » Idem pour la Société de secours en mer où l’on exclut d’amputer les capacités opérationnelles.
Conscientes qu’elles mangeaient leur pain blanc ces dernières années, ces ONG ont mis de côté une partie de leurs gains et les ont placés dans des fonds d’investissement.
L’Association pour les proches des victimes du jeu reste, elle, sur sa faim. « Il faut une interdiction totale des machines à sous et, pour empêcher que les joueurs ne se réfugient sur Internet, une politique de prévention précoce, peut-être dès la crèche », estime Mme Bergmo.
Source : lorient-lejour.com.lb
Commentaires
Aucun commentaireAjouter un commentaire