Marlène, 27 ans, ne décolère pas. « J’avais gagné 21 600 € sur un casino en ligne. Je n’ai pas reçu l’argent et le service clients m’a appelée en m’indiquant que cette somme était due à un bug de mon PC ! Il refusait de payer la somme et me proposait, par contre, 4 000 € en tant que client VIP. Je devais accepter avant 17 h ou il clôturait mon compte. J’ai refusé et pris un avocat. » L’une des nombreuses victimes de la mode des casinos en ligne.
Plus besoin aujourd’hui de se rendre à Deauville, Cabourg, Pornic, La Baule, Saint-Malo ou Dinard pour jouer au casino. Internet offre près de 2 500 casinos virtuels dont près de 300 en français. Un véritable raz-de-marée mondial qui a généré, en 2004, près de 6 milliards d’euros de recettes ! Un vrai jackpot pour les promoteurs de ces sites qui rivalisent d’annonces alléchantes sur les messageries électroniques : « Un bonus de 3 000 € en cadeau de bienvenue », peut-on lire sur un site. « Palmarès des gagnants français » trouve-t-on sur un autre. « Bernard N. 36 500 € », « Jackpot progressif de 35 000 € »... Et rien de plus facile pour s’y inscrire. Il suffit de créer un pseudonyme, un mot de passe et d’ouvrir un compte avec sa carte bleue. Quelques minutes suffisent pour accéder à des dizaines de jeux : poker, machines à sous, boule, blackjack... Dès que l’on joue, l’argent est débité du compte. Et les gains, crédités... Du moins en théorie.
Aucune garantie
« Qui garantit l’honnêteté des casinos en ligne · Y a-t-il un organisme de contrôle international indépendant qui vérifie la qualité des logiciels utilisés par les joueurs · », demande Ivan sur un forum dédié aux jeux d’argent en ligne. Réponse : aucun. « Outre les monopoles de la Française des Jeux, du PMU et des 194 casinos, les jeux d’argent sont strictement interdits en France », précise Sylvie Leroy du Journal des Casinos. Mais la réglementation reste tout de même ambiguë, comme le souligne un article sur le site du Droit du Net : « Dès lors que vous avez atteint l’âge de la majorité, la situation irrégulière des casinos virtuels ne vous interdit pas, en soi, de jouer et de miser sur leurs sites. Vous risquez toutefois, suivant votre degré de participation au jeu, d’être considéré comme complice de l’activité exercée par le casino virtuel et d’encourir la condamnation prévue par la loi du 12 juillet 1983. Deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. » Sans oublier les risques annexes : impossibilité de s’assurer de la fiabilité des logiciels simulant les jeux de hasard, du paiement des gains acquis ou le droit d’une action en justice. Marlène peut dire adieu à son jackpot.
3 millions de joueurs en France Reste que le phénomène prend de l’ampleur, en France comme dans le reste du monde. « Il y a aussi les dangers de l’addiction » affirme Sylvie Le roy. On peut jouer à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Pas à se soucier du regard des autres, pas d’argent à échanger à des guichets, pas de surveillants. Aucun garde-fou. Tout est dématérialisé... Sauf les débits sur votre carte bleue. Près de 3,5 millions de Français joueraient de l’argent en ligne, selon le groupe de casinos Partouche !
Les « vrais » casinos français font aussi grise mine. « En toute impunité, les opérateurs étrangers viennent assécher le marché français. Ils sont basés dans des lieux exotiques, en off-shore, comme à Saint-Martin, Curaçao, aux Antilles néerlandaises, et même à Malte qui vient d’entrer dans l’Union européenne », explique Frédéric Vinzia, président exécutif de Partouche Interactive. « Sur les casinos en ligne, l’État n’a aucun contrôle et n’a aucun moyen aujourd’hui de prélever ses taxes. » L’Italie a pris les devants en interdisant aux fournisseurs d’accès les liens vers les casinos virtuels. Résultats mitigés. La Grande-Bretagne, elle, s’apprête à légaliser les jeux en ligne au début 2007. Quant au gouvernement chinois, il a déclaré la guerre aux casinos virtuels. Selon une étude du China public interest Lottery research de l’université de Pékin, 59 milliards d’euros sortent chaque année du pays via ces jeux. L’équivalent du revenu national du tourisme.
www.ou est-france.fr - Samuel NO HRA avec Mathieu GRÉ GOIR
Commentaires
1. dimanche 8 juin 2008 à 02:38, par une joueuse idiote :)))
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