Gorge-de-Loup
La petite fille a désobei
En gagnant l’autre rive de sa rue
Elle imaginait sous terre un pays
Dont la bouche avalait tout cru
Elle avait souvent observé d’en face
Tous ces gens pressés qui s’y engouffraient
Pantins inconscients du monde vorace
Auquel jour après jour on les offrait
Elle s’avança près du trou béant
Immense gueule dont l’haleine tiède
Portait mille bruits venant du néant
Longs rugissements et rumeurs bien laides...

Sans-Souci
Du monde d’en-haut à jamais banni
L’homme est descendu bas dans les entrailles
De notre cité : bruits en litanie
Univers de rats, de fer et de rails.
Assis dans un coin à même le sol
Il regarde absent le flot de la foule
Qui l’ignore presque, plus que jamais seul
Aux pieds de ces gens portés par la houle.
Et quand le froid vient reprendre ses droits
Sur ce fief malsain où rien n’est humain
Pas même la vie, où chacun est roi
L’homme s’endort, sans penser à demain.

Grange-Blanche
Les uns sont debouts au fond de l’armure
Les autres assis tout près de ses yeux
Le regard glissant le longs de ces murs
Où vient se frotter le monstre furieux
Chacun se morfond tendu par l’attente
Ou bien se distrait de tout ce beau monde
Alors que soudain la bête haletante
Se traine et se vautre en un râle immonde
Brisée par sa course elle git un moment
Vomit sur le quai les gens qui se pressent
Démarre à nouveau sur un grognement
Pour fuir vainement la vie qui l’oppresse







